Source : JIM le 01/12/2008

La sédentarité et l’élévation des taux d’estradiol (E2) sont associés à une augmentation du risque de cancer du sein. Les mécanismes biologiques qui sous-tendent cette relation sont complexes et imparfaitement identifiés, pour ce qui est de l’activité physique. En revanche, l’E2 exerce des effets bien connus sur les cellules de la glande mammaire, en favorisant la mitogenèse et la prolifération cellulaire. Le risque serait particulièrement élevé au cours de la préménopause.

L’effet suppresseur d’une activité physique relativement intense sur la production des hormones stéroïdiennes ovariennes et son impact sur la balance énergétique expliqueraient la diminution du risque de cancer du sein (-20 à -40 %, en fonction des études) notamment chez la femme ménopausée. L’amélioration du profil de risque métabolique pourrait aussi entrer en ligne de compte. Une relation inverse a d’ailleurs été mise en évidence entre les taux plasmatiques de HDL-cholestérol et ceux de l’E2. Le bénéfice serait cependant moins patent au cours de la préménopause, encore que les études publiées sur le sujet soient moins concluantes et moins nombreuses.

Une étude de cohorte transversale (Norwegian Energy Balance and Breast Cancer Aspect) a recherché, chez 204 femmes préménopausées, une association entre : 1) l’activité physique effectuée pendant les heures de loisir, la fréquence cardiaque, le profil métabolique et les taux d’E2 ; 2) les facteurs de risque métabolique (graisse tissulaire, pression artérielle, insulinorésistance, cholestérol total, HDL-C, triglycérides) et les taux d’E2, tout au long du cycle menstruel.

Chez les femmes physiquement actives, le pourcentage de graisse s’est avéré plus faible que chez les femmes sédentaires (p= 0,003), tout comme la fréquence cardiaque (p= 0,003). Une élévation des taux salivaires de l’E2 de 1,27 pmol/L s’est traduite par une augmentation de la fréquence cardiaque de l’ordre de 11,7 battements/min.

Des associations significatives ont été mises en évidence entre les taux de l’E2 et les variables biologiques suivantes : graisse tissulaire, rapport HDL-cholestérol/cholestérol total, insulinorésistance et triglycérides. Une relation du type dose-réponse a été observée entre trois niveaux d’activité physique, d’une part, la fréquence cardiaque et le score de facteurs de risque métaboliques, d’autre part (respectivement p=0,03 et p=0,004). L’augmentation de ce score métabolique a été en outre associée à des taux quotidiens élevés de l’E2.

Au total, l’activité physique et la fréquence cardiaque sont associées au score de risque métabolique, lequel est relié aux taux quotidiens d’E2. Ces résultats permettent de mieux cerner les mécanismes biologiques importants qui sous-tendent l’association entre sédentarité et augmentation du risque de cancer du sein.

Dr Philippe Tellier

Emaus Ain et coll. : Physical Activity, Heart Rate, Metabolic Profile, and Estradiol in Premenopausal Women Medicine & Science in Sports & Exercise 2008; 40: 1022-30.

Publicités